18 mai 2009 [3]

Les Univers imbriqués

 

Tout ce que nous créons prend vie quelque part.

 

Voici la base d'une théorie sur laquelle je me penche depuis plusieurs années. Le fait de la poster ici me permettra peut-être de la faire mûrir et évoluer, afin que de nouvelles pistes viennent à moi. L'ensemble sera posté en différentes parties, parfois sous forme de bribes, d'idées, de notes disparates... C'est un projet à long terme, celui qui m'anime depuis des années. Cette théorie fait partie intégrante de la manière dont je perçois l'écriture et l'acte d'écrire des histoires et s'est d'ailleurs développé au fur et à mesure de mes projets. Elle a germé avec First Rage, mon premier long roman, s'est poursuivie avec SNT et a pris de nouvelles directions grâce à Pandora Project. Cette théorie, c'est les Univers Imbriqués. Peut-être avez-vous déjà lu ou entendu un nom pareil. Il semblerait qu'une théorie scientifique du même nom circule déjà. La mienne s'applique essentiellement à l'écriture et, plus généralement, à tout type de création. 

Pour se plonger dans ma théorie, il est nécessaire de considérer deux choses : d'une part, la présence de "plans d'existence". Dans un ancien article sur un site ésotérique que je gérais il y a quelques années, je traitais du thème de l'Enfer et du Paradis, que je concevais comme deux mondes parallèles, crées par l'inconscient collectif des prières des croyants, à travers le principe de l'égrégore. Voilà ce que j'en avais dit il y a quelques temps : 

"[...] l'egrégore est un ensemble d'énergies cumulées, provenant d'un groupe de personnes ayant décidé de les rassembler vers un but unique et bien défini, pour un meilleur résultat. [...]. Les pouvoirs de chacun mis en commun, on arrive à quelque chose de bien plus fort que lors d'une action individuelle. D'ailleurs, ce principe est  parfois repris en Amérique dans les hôpitaux, où des "groupes de prière" se créent, afin d'aider des patients atteints de maladies graves à se rétablir plus facilement. [...] On le sait donc, plus le groupe est grand, plus l'egrégore sera fort. Mais sa puissance est toutefois sous estimée. Jusqu'où peut-on aller, avec un egregore ? Le plus important à rappeler est que la pensée peut tout..."

Supposons donc que l'Enfer et le Paradis n'existent que parce que des gens y croient. Pourquoi ne pourrait-il pas y avoir d'autres plans similaires à ceux-ci, issus d'autres spiritualités ou d'autres pensées communes ?

Considérons également le fait que, dans la plupart des religions, la naissance de la Terre et des hommes est le fait d'un dieu omnipotent. Certains le nomme d'ailleurs "Créateur". Et si, justement, il n'était qu'un créateur parmi d'autres, l'inventeur d'une histoire, d'un monde avec ses règles et ses personnages, à l'image de n'importe quel auteur, sculpteur ou artiste peintre ? La base des univers imbriqués repose sur l'affirmation que l'on créer se met à exister "quelque part" (l'univers n'est-il pas infini ?). Ainsi, lorsque nous écrivons, nous donnons vie à notre imagination, nous donnons corps à un monde jusqu'à présent inexistant, alimenté par le nombre de gens qui lisent notre histoire, en parlent, la diffusent... Dans un sens, nous serions, à notre manière, des démiurges.

"Le démiurge, ou le créateur, est la déité responsable de la création de l'univers physique dans diverses cosmogonies. Le mot vient du grec δημιουργός, démiourgos, formé de « démos », signifiant « gens du commun » (soit « peuple ») et de « ergos », « travail ». Littéralement, le mot signifiait artisan ou fabricant." (extrait du site Wikipedia)

Cependant, je ne pense pas que ces égrégores soient infinis. Tout a besoin d'énergie, pour survivre. A l'image du soleil pour les plantes et de l'oxygène pour les hommes, ces "mini-mondes" fraîchements crées ont besoin d'être soutenus. C'est par la force de conviction de leur démiurge, mais également de leurs lecteurs/spectateurs/auditoire qu'ils peuvent continuer à vibrer, à grandir et à s'épanouir. Sans mémoire, sans personne pour se rappeler de leur existence, ils tomberaient certainement dans l'oubli. Pour reprendre l'exemple d'un roman, je ne pense pas que son monde, son univers construit en quelques centaines de pages, cesse d'exister après le point final. S'il est suffisamment porté par l'inconscient collectif de ses lecteurs, par la passion de ceux-ci, je suis persuadée que cet univers poursuit son petit bonhomme de chemin après la fin de l'histoire, usant des bases insufflées par l'auteur afin de s'émanciper et d'écrire sa propre histoire. Ainsi se créent et se détruisent des milliers d'univers jour après jour, dans l'ombre de l'esprit de milliers de créateurs... Sommes-nous, nous aussi, l'aboutissement d'un long roman ? A-t-il été un best-seller dans son monde ? ;)

Second versant des Univers Imbriqués : se pourrait-il qu'un univers déjà existant puisse entrer en résonnance avec nous ? Nous n'en serions ainsi pas les créateurs, mais les transmetteurs, dont le but serait de raconter leur histoire. Avant de passer à mes *nombreuses* questions existentielles sur le sujet, voici les raisons qui m'ont poussé à y réfléchir à nouveau et à poursuivre mes recherches (qui, ceci dit, n'ont jamais été arrêtées) : il faut pour cela revenir aux sources de Pandora. Les bases de l'univers de Pandora Project me trottaient déjà dans la tête bien avant l'écriture du roman. Voilà plus d'une dizaine d'année que les multiples facettes de ce monde sont devenues une quasi obsession pour moi. J'ai pour habitude d'écrire de manière totalement décousue, partant parfois de la fin, relatant plus tard le milieu de l'histoire, puis une bribe du début, un autre bout de la fin etc, sans réel fil conducteur. Lors de l'écriture de Pandora, il me manquait cependant un lien afin de relier entre eux tous ces extraits et ces bribes de textes. J'avais plusieurs pièces d'un immense puzzle, j'en connaissais le motif final, mais j'étais incapable de les assembler afin qu'elles forment un tout. Un soir, j'ai hébergé une amie à la maison. Je lui ai fait lire le début de Pandora, la petite dizaine de pages déjà en place à l'époque qui relataient l'introduction, sans pour autant lui faire part de l'intégralité de l'histoire, ni de l'intrigue, ni même du lien unissant les personnages. Elle ne connaissait du roman que les deux ou trois premiers chapites. Le lendemain matin, à son réveil, cette amie m'annonce qu'elle a rêvé de mes personnages, d'un lien établi entre eux, qu'elle ne pouvait pas connaitre puisque je ne lui ai jamais raconté. Elle me décrit la scène et là, tout se met en place dans ma tête. Je file à mon bureau la retranscrire, et me rends compte que j'avais déjà commencé à l'écrire (mais elle n'avait pas pu la lire), dans les mêmes conditions, sans pour autant parvenir à la terminer. J'écris donc cette petite scène, et là se mettent bout à bout tous les autres extraits que j'avais déjà pu rédiger... Comme si ce rêve était la pièce manquante qui permettait de tout relier... 

Il se trouve également que, lorsque j'écris, je m'aide souvent de musique afin de me mettre dans l'ambiance et de me concentrer. Un soir, alors que je me préparais à écrire une scène tout à fait banale du roman, dans laquelle il ne devait absolument rien se passer de capital, j'ai allumé la musique et ai aussitôt visualisé malgré moi la scène. J'ai vu clairement la pièce dans laquelle se tenaient les personnages, alors que je ne l'avais même pas encore ni décrite ni imaginée, les personnages, leurs occupations, l'atmosphère qui s'en dégageait... C'était un peu comme si j'étais spectatrice, directement dans la pièce. J'ai vu l'un de mes deux personnages, j'ai ressenti ses émotions, l'ai vu prendre des décisions, agir, faire des choses que je n'avais absolument pas prévues. J'ai vu le second se réveiller (oui, il dormait à ce moment là, enroulé dans une couverture aux motifs très moches que je n'aurai certainement pas inventés moi meme), interragir avec lui, et monter leur propre histoire, bien loin de ce que j'avais prévu d'écrire. 

De ces deux expériences sont ressorties, en vrac, plusieurs questions : 

• Sommes nous seulement les démiurges d'un univers ou pouvons-nous également être les réceptacles d'un monde déjà existant ? Dans ce cas, comment cet univers s'est-il crée ? Qui en est le démiurge ?

• Quelle est notre part de création dans ce cas là ? Peut-on réellement dire que l'on "crée" lorsque l'on ne fait que canaliser et retranscrire des images d'un univers déjà en place ? Dans ce cas, nous ne serions ni auteurs ni démiurges mais simplement transmetteurs. Quelle est notre part de liberté dans la rédaction et/ou la représentation de ces faits ? Et jusqu'où peut aller ce lien qui nous unit à cet univers ?

• Si cet univers est le fruit de la création d'un autre démiurge, à quel point s'est-il développé et a-t-il acquis son indépendance avant de venir à nous ? Pouvons-nous encore interférer dans leurs desseins, modifier leurs chemins, ou ne pouvons-nous que relater des faits déjà écoulés ?



Les univers imbriqués découleraient donc de deux principes (rapport à l'écriture, à la transcription à notre propre échelle de ces faits), par une suite logique :

1. Nous sommes les démiurges de ces univers : Nous donnons vie, à partir de rien (ou de notre seule imagination) à un univers. On retrouve la notion d'égrégore et de véritable principe de création. Cet univers prend forme sous notre plume grâce à nos idées, se nourrit de notre énergie et de celle de ses "connaisseurs" (sous-entendu les personnes qui connaissent cet univers, qui ont lu l'histoire ou qui y croient) pour se développer. Il s'agit de donner matière au développement. Mais tous les univers peuvent-ils survivre ? Nous n'offrons que des bases, des principes généraux d'un univers qui évoluera ensuite par lui même jusqu'à atteindre son autonomie énergétique et son autonomie d'action, s'il est suffisament fort et renforcé. Alors, dans ce cas, le démiurge perd tout contrôle de ce monde, mais il peut éventuellement y avoir une nouvelle interraction avec nous-même. Nous ne serions alors plus créateurs, mais transmetteurs. 

2. Nous sommes les réceptacles d'un monde préexistant qui vient à nous de lui même. Ce monde fait écho en nous, par affinités, par "atomes crochus", que sais-je encore. Nous ne faisons que retranscrire les bribes qui nous parviennent, en les remettant en forme. Pourquoi ? Pour renforcer énergétiquement cet univers ? Pour prendre le relais du démiurge originel ? Pour être les témoins de leur Histoire ? Dans ce cas, dans quel but ? Inscrire cette partie de leur Histoire dans la postérité des annales (akashiques) ? Se pourrait-il que l'on soit sollicités dans le but de leur venir en aide ? Pourquoi nous, précisément ? Se pourrait-il que des liens invisibles nous unissent à d'autres univers imbriqués ? Nous redevenons alors en partie créateurs à nouveau. Créateur + transmetteur... = transcréateur ?


Et, pour finir, petite question existentielle finale, just for fun... Les univers imbriqués prennent forme de démiurges en démiurges, s'entrelacent au fur et à mesure jusqu'à former une toile, un réseau complexe d'univers. Mais quelle en a été l'origine ? Qui a été le premier démiurge ? Pourrait-il s'agir de ce que certains nomment "Dieu" ? Pourrait-il s'agir d'une énergie primale, d'un souffle primaire qui a donné le premier élan à la création ? Peut-on parler d'une sorte d'Energie vitale (akasha ?), d'une force qui représenterait le Tout ?...

... Mal au crâne, hein ? :D






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